Et puis un jour, tout changea. Une odeur différente que les autres matins se fit sentir : le printemps était arrivée. Moi qui avais tant attendu, cette saison arrivait enfin. La fonte des neiges, l'arrivé des fleurs, des feuilles, les animaux reprenant vies, une température plus descente que celle de l'hiver. Nous pouvions enfin ouvrir les fenêtres, ça sent si bon l'air frais dans nos maisons. Bien sûr, cette métamorphose ne se fit pas en une seule nuit, le temps d'un rêve balayé par le lever du soleil. Elle avait commencé bien auparavant, mais seulement, je n'avais pas eu le courage d'y faire face, le courage d'un nouveau changement. Le changement d'une saison. Et puis, comme tout ce qui parcourait ma vie, je me tannai bien vite de cette saison, espérant de plus en plus que l'été arrive, libération des obligations scolaires, de la pluie, de la neige restante sur les coins des rues... Tout ce que me semblait si charmeur au début, se transforma en paysage maussade, gris, ennuyeux.
Le printemps mourut aussi lentement que l'hiver, mais l'été arriva enfin. La neige n'était plus de mise, les taches grisâtres étaient remplacées par le gazon d'un vert éblouissant, d'un ciel aussi bleu que dans les films hollywoodiens, d'un soleil brillant : la vie reprenait le début du sens que je voulais lui donner. C'est absurde, bien évidemment, ce n'était qu'une saison... mais dans des c½urs lourds comme je croyais avoir, un tel changement me réchauffait. Et puis, comme la précédente saison, je m'y lassai, voulant revoir les couleurs des feuilles chaudes tombées en cascade. Espérant marcher de nouveau dans une température moins étouffante, traverser des rivières de feuilles mortes... la mort d'une saison, le début d'une autre. L'intermédiaire entre deux saisons opposées : l'automne.
Puis une feuille, deux feuilles, des centaines de feuilles tombèrent dans mes cheveux avec la chute des températures. L'odeur était sublime... magique. La cascade de couleur... renouvelant le paysage jour après jour. Puis, plus le temps passait, plus l'esprit des fêtes se transformait en désir. La musique, l'odeur des cèdres, la neige incrustée de diamant au reflet de la Je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime,je t'aime lune... L'hiver me manquait.
Et puis la saison blanche arriva. Noël aussi. Et puis les mauvais côtés de l'hiver furent plus présents : la neige accumulée, les tempêtes, le froid... et ce cercle vicieux recommencèrent, et je continuai à attendre les choses qui arrivaient, au lieu de savourer les moments que j'avais espérés
J'en vins à penser que la vie n'était qu'une attente successive de moments heureux. Je pensais le plus clair de mon temps à les attendre, et lorsqu'ils se terminaient, un sentiment de vide habitait mon corps, mon coeur aussi. J'avais l'impression que je n'étais guère plus originale que les autres, qu'un simple pion dans un monde sans pitié et destructeur. J'avais peur. Je ne parle pas ici des saisons, mais je parle de changement, de coeurs brisés, de larmes perdues, de rêves oubliés...
Plusieurs jugeaient mes écrits comme étant déprimants, un ramassis de mots ravageur et déprimé. Pendant longtemps j'y ai cru aussi. Mais un ami me fit remarquer un jour qu'à la fin de chacun de mes textes, il y avait toujours une note d'espoir. Même mes jours les plus sombres se terminaient toujours par un bémol, une contradiction qui m'empêchait de dire tout haut ce que je pensais tout pas : je veux mourir. Pourtant, si je le voulais vraiment, je ne serais pas là aujourd'hui.
Les gens autour de moi m'ont souvent témoigné leurs découragements envers l'amour. Pourtant, malgré mes pertes, je n'ai jamais cessé d'y croire. Parce que je ne serais rien sans espoir. Personne ne peut vivre sans. Alors, je traiterais toujours de menteurs les gens qui proclament avoir perdu espoir, l'être humain en est fondamentalement imprégné.
Je mets trop de confiance en l'amour. J'ai été si souvent déçue. Je dois apprendre à être heureuse avec moi-même, sans attendre le coeur d'un autre. Je dois avancer sans regarder derrière, me débarrasser des regrets : ils ne me serviront jamais à rien. Apprendre des erreurs passées et en faire une arme contre d'éventuels ennemis. Ne plus m'attacher autant. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts.
Car je ne trouverais jamais rien dans les ténèbres. Les réponses que j'étais partie chercher ne m'apparaîtront jamais dans le noir. Il n'y a pas de réponses là où il n'y a pas de lumières. Certains disent que le malheur et la noirceur sont profonds et inspirants. Mais c'est faux. Il n'y a rien de romantique à la mort. Le malheur est comme un océan. C'est grand et noir, plus grand que nous tous. Et la douleur est comme un voleur dans la nuit, une nuit sombre. Silencieux, injuste, noir. Diminué par le temps, l'espoir et l'amour. Voilà ce qui est beau et profond : l'amour. Tant de poème et d'histoire y sont consacrés. Le malheur et l'apitoiement ne serviront à rien, ce ne sont pas eux qui vous tiendront au chaud la nuit, c'est l'amour. Y croire n'est que le début d'une grande aventure. Parfois je marcherais seule, d'autre fois on me tiendra par la main, ou même, on me prendra comme un enfant que l'on chérit. Mais, je ne perdrai jamais espoir. Jamais. Peu importe si les moments heureux sont plus cours que les moments malheureux. Parce que je vivrai pour vivre ses instants. Je vivrai, parce que franchement, je n'ai aucun autre choix.
Parfois je tomberai. Qu'est ce que nous faisons lorsque l'on tombe ? On se relève. Tout le monde le sait, c'est comme marché. Mais lorsqu'il est trop dur de se relever. Lorsque l'on n'en voit même plus l'intérêt, lorsque l'on en a plus la force. Que fait-on ? Il n'est pas impossible de se relever. Il faut essayer encore et encore. Car si l'on arrête d'essayer, nous ne nous relèverons jamais. Il faut essayer jusqu'à ce qu'enfin nous réussissons. Ce n'est pas la fin du monde si nous n'y parvenons pas du premier coup, même au millième. Il ne faut seulement pas lâcher prise. Tout ce qui importe c'est comment nous finirons. Finirons-nous par terre, écrasé par la société et par nos propres malheurs ou finirons-nous debout, plus fort que jamais, heureux d'avoir réussit ?
Car je me battrais jusqu'au bout. Je n'abandonnerai certainement pas là. Pas maintenant. Pas après tout ce qui a pu arriver. Je ne lâcherai jamais. Et si je tombe, je me relèverai en pensant aux jours meilleurs. J'en fais la promesse.
Je n'ai plus peur... je ne peux plus avoir peur...
s'il vous plait, faites que je n'aille plus peur...